Introduction

 

Un florilège est un recueil de pièces choisies. Celui du CÉLB offre tantôt des pièces complètes, s'il s'agit d'oeuvres très brèves, tantôt des extraits, s'il s'agit de textes plus longs.

Le florilège  du CÉLB se constituera à partir des chapitres suivants :

- Autobiographies - Bandes dessinées - Biographies - Chansons - Confessions - Contes - Dictionnaires - Discours - Documentaires - Essais - Exercices - Hagiographies - Histoire - Journaux - Lettres - Lexiques - Littérature jeunesse - Livres de recettes - Loisirs - Mémoires - Monographies - Mots et paroles - Nouvelles - Opéras - Photoromans - Poésies - Recensions - Récits - Romans - Théâtre - Utilités

ROMANS JEUNESSE

 

Extrait de «Katina Fleurie», un roman jeunesse (pour les enfants de 9 à 12 ans) de Danielle Giroux

Mise en contexte : Katyna naît différente. Des nodules poussent sur sa tête plutôt que des cheveux. Quand ils rallongent, ils deviennent des radicelles rugueuses et pas très jolies. Katyna fait rire d'elle à l'école. Son professeur rassemble les amis et leur propose de chausser des lunettes imaginaires, conçues pour pour voir la différence autrement et voir les belles choses de la vie. À un moment particulièrement difficile, Katina s'imagine fleurie de marguerites, mais, dans la réalité, qu'en sera-t-il de sa chevelure? [...] (D. G.)

Catastrophe! Le long des brins de Katyna, de petits boutons d'un vert clair sont apparus. Pire, voire cauchemardesque, il lui est désormais impossible de se peigner. L'instrument s'accroche à ces espèces de bulbilles. Katina entre dans une fureur noire, elle lance le cadeau de madame Rita dans le miroir et se dirige en courant vers sa chambre. Sandrine s'écarte pour la laisser passer. Katina claque violemment la porte. Les murs vibrent. Érik aurait bien réprimandé sa fille d'avoir agi ainsi, mais Sandrine, pour sa part, y renonce. «Pauvre chérie», songe-t-elle. Katina se jette à plat ventre sur son lit et pleure.

(P.-A. B., p.-a.b.)



POÈMES

 

Extraits de «Ne pas humecter», un recueil de Charles Drouin

Mise en contexte : Les deux poèmes sont tirés de «Ne pas humecter», un recueil de poèmes paru aux Éditions du Noroît. Le premier «exprime les derniers moments d'une relation amoureuse. La première strophe [... ] est un clin d'oeil à Gaston Miron. Dans le [deuxième] poème, il y a une référence à un établissement de la 1re Avenue à Saint-Georges.» (C. D.)

je t'écris pour dire que j'ai tes mitaines 

au lieu de toi

du cuir mouillé

 

dans le stationnement où l'asphalte berce les chats noirs

tu as couru si vite pour éviter la seule phrase qui importe

 

si tu as froid aux mains

appelle

__________

errant vers d'autres yeux pour tes yeux

je ne sais pas ce qui m'a pris

au grand hôtel

de ne pas t'avoir remarquée

je m'excuse

 

(P.-A. B., p.-a. b.)

 

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Extrait de «Grave Contagion», un recueil de Louis-André Lagrange

Mise en contexte : «Le poème est un [hommage] au poète, cet être étrange qui écrit ses idées, ses sentiments, qui survit à travers les pages, se fait connaître tout en restant caché au fond de sa chambre. Le poète mourra dignement. En silence...» (L.-A. L.)

Coi

 

Point Culminant

                                    Déluré

 

Lavure      Au                Laxiste Reposera

                                                                            Restante

                                                                                                  Brouille

 

Percluses  Idées

                                   Posées  Sus Leur Perchoir Idéal

                                                                                                  Fatal

 

Analogue Noble

                               Digne

 

(P.-A. B., p.-a. b.)



CHANSONS

 

Mise en contexte : La coutume voulait que tous participent dans les soirées d'autrefois. Ainsi, les plus timides ou ceux qui ne savaient trop chanter devaient au moins, par exemple, pousser une chanson brève, après quoi on les laissait en paix. Voici l'une de ces chansons. Elle a été recueillie par Caroline Desjardins auprès des membres de sa famillle du côté de sa mère. Cette chanson était chantée par son grand-père, M. Henri Fecteau, de Saint-Victor. La voici:

Allo! Ha! La riglin, glin, glin, la riglo, glo, glo, la riglo, la fafarlo, la gorgolo, le champ d'patates, la gorloton, glin, glon!

(P.-A. B., p.-a. b.)



ROMANS

 

Extrait du roman «Au passage d'une vie» de Mélanie Boilard

Mise en contexte : «Autant dans sa famille qu'avec ses amis, Maxim n'arrive pas à trouver sa place. Il cheche tant bien que mal à trouver ce qui lui manque, mais son seul moyen semble être l'opposition et la drogue. Mais sous cette facette de rebelle, Maxim est un jeune homme des plus blessés.» (M. B.)

À cet instant précis, j'ai cru mourir. Le monde s'est effondré sous mes pieds. J'ai tiré la valise sur mon lit et je l'ai ouverte. Je me suis assis sur le sol, j'ai posé ma tête sur mes bras croisés et j'ai tenté de saisir. J'avais les yeux pleins de larmes en voyant tout ce qu'elle avait mis dans la valise alors que j'étais dehors. Elle voulait vraiment que je parte dans ce centre et que je ne revienne plus. Sous l'effet de la tristesse, j'ai vidé la valise au grand complet et j'ai trié ce que je désirais appporter et ce que j'avais l'intention d'abandonner. [...] J'ai refermé le tout et je me suis levé. Un rapide regard dans la chambbre m'a vite permis de comprendre qu'une page supplémentaire se tournait sur ma vie. Et à ce moment là, je n'avais aucune idée du monde dans lequel je devais m'aventurer.

(P.-A. B., p.-a. b.)

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«Tout ou rien», extrait du roman «Tais-toi petite poupée» d'Alain Lessard (cadet)

Mise en contexte : «Sarah a atteint sa limite. Elle n'en peut plus des assauts de Raymond, le conjoint de sa mère. Il lui a ravi à la fois son enfance et son adolescence, mais il ne lui arracherait pas ce qui lui restait de vie. Elle se devait de le tuer. Après tout ce qu'il lui avait fait endurer, ce serait une bien mince consolation, mais il n'y aurait plus de petites poupées forcées de se taire.» (A. L.).

Sarah était au musée.  Pour se ressourcer avant le grand moment.  Pour puiser dans toutes ces toiles l'énergie et la rage nécessaires pour  mettre un terme à son holocauste.  Une exposition de Louis Soutter.  Un artiste suisse qu'elle estimait pour ses oeuvres où la folie exulte et où le chaos règne.  Sarah jouissait du tournis que lui inspiraient tous ces dieux copulants, ces démons aux amours criminelles et ces hommes et femmes disloqués s'emmêlant et s'entredéchirant de désespoir. Elle voyait dans ces traits saccadés et discontinus la propre misanthropie de son univers.  La sauvagerie de ces peintures remplies de chaînes, avec ces visages bariolés et torturés, laissait remonter en elle le vent de démence qui n'attendait que de se libérer.  Elle, qu'on avait tenté d'élever au compas et à la règle, se retrouvait dans chacune des toiles l'encerclant.  Elle avait besoin de perdition et de désordre. Elle s'imaginait être la couleur se répandant du doigt du peintre fiévreux.  Soudaine et imprévisible.

Plus rien n'avait d'impotance à ses yeux.  Elle allait le tuer.  C'est tout ce qui importait.  Elle se laissait ensorceler pour étouffer l'anéantissement qui l'avait presque entièrement consumée.  Alors que dans toute sa vie, elle avait laissé nombre d'anges passer entre elle et les autres, elle ne pouvait, en ce moment, se retenir de faire du bruit.  Simplement pour meubler le silence qui l'avait toujours laissée pour compte.  L'avait-il vraiment sauvée?  Elle s'était convaincue, depuis son tout jeune âge, du velours de l'abstinence de mots, mais n'adoucissait-il pas seulement un écrin d'acier? Une illusion de réconfort? La voilà qui, encore une fois, ne pouvait se retenir de réfléchir.  À quoi bon, sinon pour mieux tourner en rond. Pour ne creuser qu'un sillage circulaire l'empêchant de dévier de sa trajectoire vicieuse. 

Pas ce soir.  Elle n'obéirait à personne.  Il n'y avait plus de point de non-retour.  Elle le savait.  La petite Sarah qu'elle a été était morte.  Ou plutôt, il en naissait une nouvelle.  Elle se trouvait dans un train en marche où débarquer impliquait une fin certaine.  C'était lui ou elle.  Ce sera lui.  Elle en était convaincue.  Mais que se passerait-il après?  Pourra-t-elle recommencer une vie ordinaire?  Restera-t-elle saine d'esprit?  Présentement,  l'était-elle?  Elle ne le savait plus et ça l'inquiétait peu.

Emplie d'une sensation grisante de force, elle se savait capable de tout.  Du meilleur comme du pire.  Surtout du pire.  Peut-être que le mal s'insinuait en elle pour la dominer.  Du moment qu'elle en terminait avec Raymond, elle verrait plus tard pour le reste.

Tous ces sens exacerbés et à fleur de peau, elle fusionnait avec le monde. Il devait être encore loin, mais elle savait qu'il arrivait.  Les yeux secs et brûlants comme de la lave, la peau lui envoyant des décharges électriques au moindre frottement de ses vêtements, l'ouïe à l'affût des plus infimes vibrations, elle était prête.  Le moment était venu.

                                                              ***

Raymond était au parc.  Marchant toujours à côté des sentiers, simplement pour la satisfaction de ne pas être comme eux, attendant Sarah, comme elle lui avait demandé.  Elle désirait qu'il la ramène à la maison après la visite au musée, tout près d'ici.

Le col de son manteau relevé, il se protégeait des bourrasques de vent inhabituellement froides en cette période de l'année.  Il appréciait ce temps couvert. Plus simple de se fondre pour observer.  Les gens pressaient trop le pas afin de s'abriter pour le remarquer.

Il la trouvait étrange depuis sa sortie de l'hôpital, la veille.  Ailleurs.  Partie. Déconnectée de ses agissements habituels.  Elle ne lui demandait jamais rien. Sauf aujourd'hui.  Il détestait la sentir trop sereine comme elle l'était au téléphone. Son flegme l'irritait.  Ce soir, il lui rappellerait qui elle était vraiment.  Une moins que rien.  Une punaise qu'il pouvait écraser du talon de sa chaussure.

(P.-A. B., p.-a. b.)

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«Un rude Gaillard», extrait du roman «La Vérité sur Les Phalanges du Ciel» de Luis Samson

Mise en contexte : «Helen Price, une enquêtrice pour les assurances, recherche son frère kidnappé par une mystérieuse organisation. Le lieutenant Gailllard ne juge pas cette enquête prioritaire à cause du passé de toxicomane de Dick Price et de l'imminence d'un important sommet. De plus, ce policier n'apprécie pas les méthodes incendiaires d'Helen qui n'a cure des dégâts qu'elle laisse derrière elle. D'ailleurs le chapitre précédent  du roman se terminait par : "Helen fut alors prise en charge par (un rude) Gaillard."» (L. S.)

- J'espère que l'on se comprend bien! dit le policier. Vous recevez un courriel de votre frère, vous êtes juste au milieu de la souricière où ils veulent vous coincer et vous en suivez un jusqu'à une usine qui semble être leur château fort...

- C'est cela, répondit Helen.

- Et pendant ce temps-là, vous n'avez pas pensé appeler le 911, même avec deux cellulaires en poche.  L'un d'eux, le vôtre, était pourtant muni d'un appareil photo numérique.

Dans un film, la personne se retrouvant dans la même situation qu'Helen place toujours quelques propos désinvoltes, mais la jeune femme n'arrivait pas à trouver quoi que ce soit qui puisse justifier cet aspect de sa conduite.

- Ensuite, vous êtes entrée dans cette usine comme dans un moulin, vous êtes tombée sur des conspirateurs à la James Bond en train de faire vous ne savez pas quoi et vous avez tenu en respect un multirécidiviste des plus dangereux tout en me parlant au téléphone.  Vous me parliez comme si vous étiez au bord d'une piscine au cours d'un garden party.  Puis, vous vous êtes évadée en ébouillantant le sujet de votre filature avec son propre café.

- C'est exact...

Gaillard la regarda.  Elle lui avait débité son histoire à coucher dehors comme une vieille dame lui aurait décrit un vol de sac à main.  Le prenait-elle pour un cave? Il se contint avant de se comporter en flic de cinoche et de commettre une bavure.

- Il y aurait deux ou trois aspects de l'affaire qui auraient besoin d'être précisés!

Helen sentit que le vent tournait et qu'elle devait essayer de gagner du temps.

- Mon français est un peu approximatif, dit Helen qui avait appris la langue de Molière à Paris.

- Oh! Mais les deux ou trois rudiments de la langue de Shakespeare que j'ai acquis lors de mon séjour à Harvard pourront sûrement nous dépanner! répondit Gaillard du tac au tac.

Helen était un peu dépitée.

Bon! reprit l'enquêteur.  Tout d'abord, nos sources et nos fichiers s'accordent pour dire que Terrier et Dulac ne pouvaient pas se sentir en peinture depuis l'école secondaire.

- Ils étaient ensemble dans le pick-up! dit Helen sur la défensive.

Gaillard, après avoir bombardé Helen de questions et être passé très près de la faire craquer, quitta la salle d'interrogatoire pour conférer avec sa partenaire.

Carole-Anne s'efforçait de ne pas sourire des envolées lyriques de son chef.

-  «Mais vous, madame Price, vous représentiez l'Empire britannique! Il vous fallait faire un remake de La charge de la cavalerie légère !»  Tu n'as pas peur d'être allé un peu loin? demanda-t-elle.

- Tu as vu sa réaction quand je lui ai dit que c'était un laboratoire fabriquant du crystal meth qui brûlait?

- Oui, c'était visible que c'était une fabrique de drogue rien qu'à l'odeur et à la couleur des flammes, dit Carole-Anne. Toute son histoire n'est qu'une façon de nier ce qu'elle a vu et fait.

- Avec une soeur comme elle, j'en connais plusieurs qui chercheraient l'évasion dans la toxicomanie, dit Gaillard en éprouvant une certaine compréhension envers Dick Price.

Les deux policiers regardèrent Helen qui semblait nerveuse.

- Alors! Qu'est-ce que t'as trouvé de ton côté? demanda-t-il à son équipière. 

- J'ai vérifié pour ce Lasserre, dit Carole-Anne.  Il est inconnu à la SAAQ et à l'assurance-maladie. Même chose au fisc provincial et fédéral, à l'Immigration et même au ministère de l'Éducation.  J'ai vérifié les banques de données d'Interpol. Ils n'ont rien sur lui.  Nulle trace de son existence en dehors de l'appel au 911 pour signaler que la maison de Desplaines brûlait et son intervention à une ligne ouverte radiophonique.  Le téléphone est inscrit au nom de Desplaines. C'est une ligne spéciale qui regroupe plusieurs modems.

- Tu veux dire que si on l'appelle, ça sonne à plusieurs places? s'informa le lieutenant.

- Oui, j'ai essayé de le contacter, mais il n'y a aucun service à ce numéro.  Un vrai fantôme.

- Ça ne m'étonne pas du tout, dit Gaillard.  Ce Lasserre doit être de ces plantes qui poussent en eaux troubles.  Il fait partie de ces mythomanes qui savent des choses mais qui ne sont jamais capables de nous apporter des éléments qui tiendraient devant la cour.  Redonne-moi ce téléphone, je vais le cuisiner avec.

Un autre policier vint dire à Gaillard que les Américains voulaient encore lui parler.

- Mais qu'est-ce qu'ils veulent! Un autre Sommet des Amériques? Dis-leur qu'on est dans le jus et que je suis sur une autre affaire.

Gaillard regarda Helen à travers la vitre-miroir.

- Dire que je trouvais ça drôle quand ça arrivait à Théberge, dit Gaillard.

- C'est un personnage de Desplaines? demanda Carole-Anne.

- Non, de l'autre, son nom c'est Jean-Jacques... hésita Gaillard qui voyait ses souvenirs se dérober.

- Rousseau? hasarda sa collègue.

- Je ne suis pas sûr.  Je vérifieai si jamais je retourne chez moi un jour.

Une autre agent vint leur porter le rapport d'autopsie du corps retrouvé calciné dans l'usine.

La fiche dentaire était celle de Terrier.

Gaillard revint dans la salle d'interrogatoire et demande à Helen :

- Quand vous dites que vous avez brûlé Terrier, vous maintenez que c'est bien avec du café...?

(P.-A. B., d. f.)



MOTS ET PAROLES

 

Extraits de «Aphorismes et autres mesures de moi-même, des autres et du reste : Fragment 1» de Jacques Bernard

 

- 2410 -

C'est parce que nous avons appris à écouter

que nous avons appris à parler.

- 2443 -

Pour écrire de la poésie,

il faut faire confiance au mot.

S'il veut être seul, groupé, répété ou inversé,

il ne faut pas l'en empêcher,

sinon il risquerait de déserter la poésie pour la prose.

- 2444 -

L'énumération, en poésie,

c'est ou une débâcle, ou une échelle,

ou simplement l'aveu de son incapacité à dire.

-2445-

La répétition, en poésie,

c'est rythme, c'est refrain, c'est lumière,

c'est ce qui ailleurs est suspect.

-2446-

L'inversion, en poésie,

c'est le langage de l'émotion avant celui de la raison.

-2447-

L'ellipse, en poésie,

c'est la reconnaissance du pouvoir du mot élu.

-2448-

« Le bruissement du plaisir»,

quelle belle image !

Elle est née sous la plume d'une poète

parfaitement inconnue. C. R.

-2452-

Les mots qui font du bien sont souvent des mots

qu'on n'osait pas.

-2454-

Une image en poésie,

c'est la vérité avec des allures de mensonge.

-2455-

Une comparaison,

c'est la forme achevée d'un mot.

 

(P.-A. B., d. f.)